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FEI Veterinary Matters : une refonte profonde de la réglementation vétérinaire au service du bien‑être équin, du Clean Sport et de la légitimité des compétitions internationales

À travers le programme Veterinary Matters – Advancing Rules, Research & Responsibility, la Fédération Équestre Internationale (FEI) engage une réforme structurelle sans précédent de ses règles vétérinaires.

Loin d’une simple mise à jour technique, ce chantier traduit une évolution majeure de la gouvernance du sport équestre international, intégrant de manière transversale le bien‑être du cheval, les données scientifiques, la responsabilité juridique des acteurs et la perception du public.

Ce travail s’inscrit dans la continuité de la FEI Welfare Strategy & Action Plan, et vise à adapter les règlements vétérinaires à l’évolution des pratiques, des connaissances et des attentes sociétales.

Retour sur les discussions pendant le Forum Sport organisé par le FEI en 2026.


1. Une méthode de révision globale, structurée et participative

La FEI a adopté une méthodologie volontairement exhaustive, reposant sur plusieurs niveaux d’analyse et de concertation :

  • organisation d’un Fitness to Compete Forum (2025) afin de recueillir les retours des parties prenantes,
  • création de workshops thématiques dédiés à la médication, au comportement équin et aux thérapies de soutien,
  • implication des fédérations nationales, du Comité vétérinaire FEI, de groupes consultatifs spécialisés et des acteurs de terrain,
  • intégration des observations internes et de l’expérience pratique des officiels et vétérinaires FEI.

La révision est conduite article par article, chaque disposition étant évaluée selon des critères précis :
pertinence, justification scientifique, applicabilité pratique, contrôlabilité, cohérence globale, coûts et acceptabilité sociale.


2. Le bien‑être équin comme principe normatif central

L’un des apports majeurs de Veterinary Matters réside dans la requalification du bien‑être équin en principe structurant du dispositif réglementaire, et non plus en simple objectif éthique.

La FEI affirme que les règles vétérinaires doivent :

  • maximiser le bien‑être positif,
  • limiter toute atteinte au bien‑être physique et mental,
  • prendre en compte l’impact des pratiques sportives et de gestion quotidienne du cheval,
  • garantir la sécurité des chevaux et des humains.

Cette approche dépasse la prévention des blessures visibles pour intégrer des notions telles que l’état mental, le stress, la fatigue, le comportement et la compatibilité du cheval avec l’environnement de compétition.


3. Repenser la notion de « Fitness to Compete »

3.1. Une définition élargie intégrant la dimension comportementale

La FEI constate que le Code de conduite pour le bien‑être du cheval ne contient pas de règle générale claire et opérationnelle définissant l’aptitude à concourir, en particulier sous l’angle du comportement et de l’état mental.

Face à ce constat, plusieurs évolutions sont proposées :

  • intégration d’un concept transversal de Fitness to Compete dans les règles d’éligibilité,
  • reconnaissance explicite des aspects mentaux et comportementaux,
  • développement d’un protocole d’évaluation comportementale, notamment lors de l’échauffement,
  • collaboration étroite avec cavaliers, entraîneurs, officiels et vétérinaires pour accompagner les changements de pratiques.

L’objectif est clairement identifié : faire évoluer le comportement humain par une meilleure compréhension scientifique du comportement équin et de ses signaux d’alerte.


3.2. Neurectomie : clarification et durcissement du cadre

La FEI relève que la réglementation actuelle sur la neurectomie souffre de plusieurs faiblesses :

  • ambiguïtés normatives,
  • difficultés de contrôle,
  • risques avérés pour le bien‑être,
  • impact négatif sur la perception du public.

Deux options sont mises à l’étude :

  • une interdiction complète de toute forme de neurectomie,
  • à titre alternatif, une interdiction ciblée (ex. nerf palmaire), assortie d’une obligation d’enregistrement dans Equipass.

Le principe directeur est sans équivoque : un cheval présentant des zones hypo‑ ou hypersensibles ne doit pas être considéré comme apte à concourir dans un cadre FEI.


3.3. Introduction de critères objectifs et harmonisés

Afin de renforcer l’objectivité des décisions, la FEI propose l’intégration de critères physiologiques standardisés :

  • adoption de l’échelle Body Condition Score (Henneke 1–9), excluant les chevaux présentant une maigreur ou une obésité excessive,
  • exigence, pour les chevaux d’endurance, de disposer d’au moins une veine jugulaire fonctionnelle, condition indispensable pour la sécurité médicale et les contrôles antidopage.

Ces outils visent à fournir aux officiels FEI des bases mesurables, comparables et juridiquement sécurisées.


4. Clean Sport : vers une responsabilité vétérinaire renforcée

4.1. Médications chroniques et autorisations thérapeutiques

Le document soulève un débat central autour du Pergolide, utilisé chez les chevaux atteints de PPID.
Actuellement classé comme médication contrôlée, son usage pose un dilemme : interrompre le traitement pour éviter un contrôle positif peut nuire à la santé du cheval.

La FEI envisage l’introduction d’une Autorisation d’Usage à des Fins Thérapeutiques (TUE), tout en interrogeant la compatibilité même d’un tel traitement avec la participation aux compétitions FEI, notamment au regard de l’égalité sportive et de l’éthique.


4.2. Suppression de certaines injections non urgentes

La FEI propose de retirer les dispositions permettant certaines injections sans nécessité médicale avérée, telles que :

  • soutiens articulaires,
  • acides aminés,
  • produits homéopathiques.

Ces pratiques soulèvent des enjeux multiples : bien‑être, responsabilité professionnelle des vétérinaires, sécurité juridique et image du sport. Leur suppression marque un changement de paradigme en faveur d’une médecine strictement justifiée.


4.3. Contrôle accru des substances et des pratiques

Le projet prévoit également :

  • une restriction de la possession de médicaments sur les sites FEI,
  • un encadrement strict de la fluidothérapie intraveineuse, avec sanctions en cas d’administration sans indication clinique documentée,
  • un renforcement des pouvoirs de contrôle pour garantir l’effectivité des règles.

Ces mesures traduisent une volonté affirmée de rendre le Clean Sport effectivement contrôlable et crédible.


5. Sécurité, infrastructures et identification : une approche systémique

La révision inclut également :

  • l’instauration d’horaires stricts de fermeture des écuries FEI afin de garantir le repos des chevaux,
  • des règles plus claires relatives aux chevaux présentant un danger pour les personnes ou les autres chevaux,
  • des exigences accrues en matière de sécurité des infrastructures et des circulations sur les sites de compétition,
  • un renforcement des règles d’identification, incluant la possibilité de prélèvements ADN en cas de doute.

Ces mesures reflètent une approche globale associant bien‑être, sécurité, traçabilité et acceptabilité sociale.


Conclusion : une mutation normative aux implications juridiques majeures

Avec Veterinary Matters, la FEI ne se contente pas d’actualiser ses règles : elle redéfinit les fondements normatifs du sport équestre international.
La science vétérinaire, le bien‑être animal, la responsabilité des acteurs et la perception du public deviennent des critères centraux de légitimité.

Pour les professionnels, ces évolutions impliquent :

  • une adaptation des pratiques vétérinaires et sportives,
  • une vigilance accrue face aux risques disciplinaires,
  • une anticipation contractuelle et organisationnelle,
  • et, le cas échéant, un accompagnement juridique spécialisé, tant au niveau national qu’international.

La réglementation vétérinaire FEI s’affirme désormais comme un outil de gouvernance stratégique, au cœur de l’avenir des compétitions équestres internationales

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