La professionnalisation de la vente des chevaux de sport : la responsabilité de tous.

Bien que les circuits de commercialisation de chevaux de sport représentent des investissements investissements de plus en plus importants chaque année et qu’ils impliquent de nombreux acteurs, ils manquent cruellement de professionnalisation. Chacun croit en l’existence de la « bonne affaire » et en sa capacité à la trouver, court-circuitant les professionnels de la filière.

La professionnalisation de la vente des chevaux est indispensable et relève d’une responsabilité commune appartenant à tous les acteurs de la filière.

Acheteurs amateurs, prenez conscience de l’importance de votre achat en multipliant les contrôles pré-achat. Plus le prix de cheval est important, plus vous devez effectuer des vérifications préalables à l’achat.

  • Consultez les résultats du cheval sur le site de la Fédération Française d’Equitation ainsi que les messages sur les réseaux sociaux, vous pourrez alors vérifier s’il y a eu des périodes de repos et, demander pourquoi.
  • Faites une visite vétérinaire complète et surtout par votre vétérinaire équin ou un vétérinaire équin de confiance. Ne faites pas appel au vétérinaire du vendeur, la visite risque d’être compromise par un le conflit d’intérêt et les rapports commerciaux entre le vétérinaire et le vendeur.
  • Faites appel à des cavaliers professionnels et intermédiaires indépendants qui pourront vous assister dans la recherche du cheval, les essais et même la réception et l’accueil du cheval dans vos écuries.
  • Privilégiez l’expertise des professionnels et éleveurs, même si cela entraîne des frais supplémentaires.  
  • Ne jamais acheter un cheval à partir d’une photo ou d’une vidéo.
  • Soyez vigilants lors de vos achats à l’étranger, les circuits de vente et les standards ne sont pas les mêmes qu’en France.

Intermédiaires, cavaliers professionnels et coachs, votre rôle est clé dans la commercialisation de chevaux mais soyez transparents dans votre intervention. Votre expertise professionnelle a une réelle valeur commerciale et engage votre responsabilité, ce qui justifie la facturation d’une commission ou la vente d’un cheval à un prix plus élevé. La dissimulation de votre commission et des modalités de son règlement revient à nier l’importance même de votre expertise professionnelle. Soyez fiers de cette expertise et assumez-là auprès de vos clients.

Vétérinaires, faites des visites vétérinaires indépendante dans le cadre de la visite vétérinaire et rappelez-vous de l’objectif recherché. Les vétérinaires n’ont pas à juger des capacités sportives du cheval, mais seulement son aptitude physique en soulevant les défauts pouvant affecter cette activité. En cas de découverte de défaut pouvant affecter cette aptitude, vous ne devez pas vous arrêter à un simple listing mais analyser et expliquer les conséquences.

Eleveurs, continuez à lutter. Votre activité n’est pas facile et en plus vous luttez contre une concurrence déloyale avec des vendeurs amateurs, à cause d’une TVA qui sera toujours injuste tant que vous serez en concurrence avec des vendeurs amateurs pouvant vendre des chevaux hors taxes.

Derrière cette nécessité de professionnalisation de la vente des chevaux se cache une toute autre réalité.

Ne pensez pas que les chevaux vendus puis rendus dans le cadre des contentieux pour vices cachés finissent par trouver un nouveau propriétaire et une belle vie. Dans le pire des cas, ces chevaux seront revendus, passeront entre les mains de marchands plus ou moins scrupuleux et les douleurs qui les rendront boiteux seront cachées par des sédatifs et des techniques de dopage de plus en plus innovantes. Ces chevaux n’auront pas une belle retraite.

Ne participez pas à ça.

Responsabilités sur le cross – les entraînements libres sur terrains de cross loués

Nous sommes nombreux à louer des terrains de cross ou des spring garden afin d’entraîner les chevaux sur les obstacles de cross. Ces entraînements peuvent avoir lieu dans le cadre d’un coaching collectif, individuel ou même en solitaire selon les envies, l’expérience et les attentes de chaque cavalier. 

A chaque entraînement de cross, plusieurs acteurs interviennent entre le loueur du terrain de cross, le coach, les accompagnateurs et les cavaliers mais qui plus exactement est responsable et de quoi ?

Le loueur du terrain de cross est responsable de l’entretien de son terrain et de la sécurité des obstacles de cross présents sur le terrain. 

En effet, le loueur du terrain de cross ou même du spring garden est responsable des installations mises à disposition du cavalier, de la même manière qu’une structure équestre mettant à disposition une carrière est responsable de l’entretien des sols et des lices.

Ainsi, le loueur du terrain de cross doit effectuer des vérifications régulières sur l’état de cross et à tout le moins avant chaque location. Ces vérifications doivent comprendre a minima l’état des sols (détection d’anomalies, présence de trous, de cailloux…), l’état des obstacles (obstacles abîmés, dangereux) ainsi que la sécurité des tracés (présence d’arbres tombés…).

La responsabilité du loueur de terrain sur l’état des obstacles sera d’autant plus importante s’il est également constructeur des obstacles.

La présence d’un cavalier professionnel ou d’un coach professionnel encadrant des amateurs peut toutefois alléger la responsabilité du loueur du terrain de cross.

En effet, les cavaliers professionnels ou coachs professionnels sont également responsables de la vérification de l’installation de cross mise à disposition.

Ces professionnels sont censés avoir les connaissances suffisantes leur permettant de ne pas utiliser les installations ou franchir certains obstacles s’ils ne présentent pas les garanties de sécurité requises.

A titre d’exemple, un cavalier professionnel de complet qui franchit des obstacles abîmes sur un sol trop dur ou en présence de trous dangereux pourrait difficilement se retourner contre le loueur du terrain de cross, les tribunaux pourraient considérer que le cavalier avait utilisé les installations en toute connaissance de cause.

Le coach professionnel est également responsable de la sécurité de ses élèves sur le terrain de cross. Une responsabilité qui va au-delà de la simple vérification des obstacles et des tracés mais qui comprend également l’adaptation de l’entraînement au niveau d’équitation de ses élèves et à l’expérience des chevaux utilisés.

Il s’agit d’une obligation de prise en charge qui s’applique peu importe le niveau d’équitation du cavalier et pourrait même s’appliquer aux cavaliers professionnels encadrés par un coach dans certains cas.

En revanche, la responsabilité du loueur du terrain de cross sera plus lourde dans le cas de figureoù un cavalier amateur utiliserait les installations sans accompagnateur, celui-ci n’étant pas nécessairement apte à adapter son entraînement à son niveau d’équitation et à l’expérience de son cheval sur le terrain de cross.

C’est pourquoi, il est fortement recommandé aux loueurs de terrains de cross de prendre les précautions suivantes :

  • Entretien régulier des installations de cross ;
  • Rappel du port des protections cheval et cavalier ;
  • Signature d’une décharge de responsabilité, surtout pour les cavaliers amateurs souhaitant faire des entraînements solitaires.
  • Obtention de l’autorisation des parents en cas d’utilisation des installations de cross par un cavalier mineur, peu importe son niveau d’équitation.
  • Limiter l’accès aux installations selon le niveau d’équitation requis ; exigence d’un coach professionnel pour des cavaliers amateurs et mineurs.
  •  Construire les obstacles de cross en se basant sur des recommandations professionnelles ainsi que les normes régulièrement mises à jour par la FEI pour les terrains à vocation d’entraînement professionnel.
  • S’assurer d’avoir mis en place une responsabilité civile professionnelle comprenant la location et mise à disposition d’un terrain de cross. 
  • Les plus précautionneux pourront même aller jusqu’à rédiger un règlement d’utilisation du terrain de cross comprenant un rappel des règles de sécurité et d’utilisation ainsi qu’une décharge de responsabilité.

A noter toutefois que le coach professionnel reste le principal garant de la sécurité de ses élèves sur les installations et pourraient difficilement exclure sa responsabilité par une décharge. Il doit chercher à limiter sa responsabilité en s’assurant de la sécurité des installations et l’adaptation de la séance aux élèves et montures.

Attention enfin pour les professionnels accompagnant des cavaliers amateurs en entraînement solitaire, par exemple en tant qu’ami ou groom ponctuel, qui omettraient de pointer certaines difficultés. Vous pourriez tomber sous la qualification de coach professionnel et voir votre responsabilité engagée en cas d’accident.

Ces règles de responsabilité s’appliquent exclusivement aux cas de mise à disposition autorisée, qu’elle soit payante ou gratuite. Une personne utilisant des installations de cross sans avoir obtenu une autorisation préalable du loueur reste exclusivement responsable de lui-même et de son cheval. 

La mise au paddock des chevaux de propriétaires : responsabilités

Les chevaux en pension sont sous la responsabilité contractuelle de l’écurie de propriétaires qui a la garde du cheval. Ainsi, cas de blessure du cheval, l’écurie de propriétaires peut engager sa responsabilité et être contrainte de rembourser des frais vétérinaires et éventuellement dédommager le propriétaire du préjudice causé.

A titre de rappel, l’écurie de propriétaires engage sa responsabilité dès lors qu’elle commet une faute dans le cadre du contrat de pension. 

La preuve de cette faute varie selon le moment de l’accident entraînant les blessures du cheval :

  • si le cheval se blesse lorsqu’il est au repos, l’écurie de propriétaires doit prouver qu’elle n’a pas commis de faute ce qui peut s’avérer être très difficile.

Ex. c’est l’écurie de propriétaires, et non pas le maréchal-ferrant, qui est responsable lorsqu’un cheval se blesse sur un clou de maréchal ferrant dans son boxe.

  •  si le cheval se blesse pendant une séance de travail c’est au propriétaire de prouver la faute de l’écurie de propriétaires pendant la séance de travail.

Ex.   L’utilisation d’un enrênement trop fort sur un jeune cheval entraînant la chute et euthanasie du cheval est considérée comme une faute entraînant la responsabilité de l’écurie.

Une des situations les plus propices aux accidents pour les écuries de propriétaires est la mise en liberté des chevaux au paddock.

Les paddocks individuels restent la meilleure solution permettant de répondre aux besoins de liberté des chevaux tout en s’assurant de leur sécurité à condition de mettre en place un système cohérent d’entrée/sortie de chevaux, vérification des conditions météorologiques et de terrains.

Dans une décision récente du 5 juillet 2018 par la Cour d’appel de Douai, une écurie de propriétaires a été condamnée pour avoir mis un cheval de propriétaire dans le même paddock qu’un autre, sans le consentement du propriétaire.

Suite à une altercation physique entre les deux chevaux, le cheval de propriétaire a dû être euthanasié suite à ses blessures.

Dans cette décision, la Cour d’appel de Douai avait justement décidé que, 

« le gérant de l’écurie avait délibérément consenti à la mise en pâture, sans surveillance particulière et sans tenir compte des caractéristiques comportementales et physiologiques distinctes des animaux, du cheval Eclipse, qui lui était confié, avec sa propre jument, alors que ces équidés ne se connaissaient pas et auraient pu être séparés dans des paddocks individuels ».

Décision qui montre que toute écurie de propriétaires qui s’affranchit des règles de sécurité basiques en matière de gestion et soins de chevaux court le risque de voir sa responsabilité engagée par les propriétaires.

Quelques conseils pour limiter sa responsabilité des écuries de propriétaires dans la mise au paddock des chevaux de propriétaires :

  • toujours demander aux propriétaires d’indiquer par écrit les conditions de mise au paddock de leurs chevaux (individuel, collectif) déchargeant l’écurie de responsabilité en cas d’accident ;
  • vérifier que cette information est rendue disponible auprès de l’ensemble du personnel de l’écurie afin d’éviter tout impair ou erreur dans les sorties des chevaux ;
  • Utilisation de clôtures pratiques et adaptées limitant les blessures des chevaux ;
  • Instaurer une surveillance générale des chevaux au paddock permettant d’intervenir en cas de besoin ;
  • Demander aux propriétaires souhaitant mettre les chevaux en paddock collectif de les déferrer de l’arrière.

La séparation valide des capacités sportives d’un poney de sport de ses fonctions de reproducteur au sein d’un contrat de vente

En 2015, les indivisaires d’un célèbre syndicat de poneys de sport spécialisé dans la distribution et sélection génétique avait vendu un de leurs poneys de sport. Le contrat de vente prévoyait toutefois certaines particularités, notamment la vente des seules capacités sportives du poney à l’exclusion de ses fonctions de reproduction. 

Les vendeurs composant le syndicat se réservaient ainsi l’exclusivité des fonctions de reproducteur du poney non seulement pendant sa vie sportive, mais également à sa retraite et après son décès. Renforçant ce mécanisme d’exclusivité, le contrat permettait également aux vendeurs d’engager la responsabilité contractuelle de l’acheteur en cas d’atteinte aux fonctions de reproducteur de l’étalon ou de non-respect de la clause d’exclusivité.

Même si une un tel morcèlement de la propriété du poney est contractuellement accepté par l’acheteur, on peut tout de même s’interroger sur les possibles atteintes à son droit de propriété.

C’est par ailleurs la raison du contentieux entre l’acheteur et les vendeurs, l’acheteur souhaitant mettre le poney en location auprès d’un tiers. Les vendeurs avaient considéré que ce contrat de location constituait non pas un contrat d’exploitation sportive de l’étalon mais un contrat de monte. En faisant application du contrat de vente, les vendeurs ont exigé auprès de l’acheteur qu’il renonce à son projet de location.

L’acheteur avait alors assigné les vendeurs en justice, contestant cette séparation des fonctions sportives et reproductrices du poney dans le contrat de vente comme étant une clause abusive portant atteinte à son droit de propriété.  

La Cour d’appel rejette la demande d’annulation des clauses, considérant que malgré l’exclusivité des vendeurs sur les fonctions reproductrices du poney, le contrat de vente permettait à l’acheteur de librement disposer du poney et, en conséquence, ne portait pas atteinte à son droit de propriété.

Une telle décision, autorisant des vendeurs de chevaux à séparer la vente des fonctions reproductrices des capacités sportives, est particulièrement intéressante parce qu’elle rappelle la liberté contractuelle dont dispose les parties dans le cadre des ventes des chevaux.

La seule condition de la validité d’une telle séparation étant la transparence contractuelle ainsi que la liberté de l’acheteur de librement disposer du poney.  On pourrait, sur cette base, imaginer des contrats de vente similaires pour des juments mais uniquement en cas de transfert d’embryon, tout autre moyen de reproduction pouvant éventuellement porter atteinte à la libre disposition de l’acheteur de la jument et donc à son droit de propriété.

Dans une industrie où la vente des chevaux est souvent synonyme de contrats oraux ; les vendeurs de ce poney se sont, au contraire, emparés du contrat de vente comme véritable outil de travail leur permettant de maîtriser la sélection et la distribution génétique de ce poney (CA Paris, 27 juin 2019 RG 15/18911);

La photographie et les sports équestres

Qu’elle soit utilisée pour apprendre, vendre, se souvenir ou tout simplement admirer, la photo a toujours eu une place centrale dans le monde équestre.

Avec l’internet et des réseaux sociaux, l’utilisation de la photo a explosé. Les photos font l’objet de multiples partages, de rediffusions et de « copier/coller » à l’aide d’un simple clic, sans que la moindre autorisation soit demandée auprès des photographes, que ces derniers soient professionnels ou amateurs.

Et pourtant, toute photographie est une œuvre de l’esprit protégé par le droit d’auteur, ce qui interdit toute utilisation, rediffusion ou reproduction sans l’autorisation du photographe.

La Cour d’appel de Paris vient justement rappeler les contours de cette protection par le droit d’auteur des photographes prises pendant les manifestations équestres et les limites de l’autorisation donnée par le photographe (CA Paris 15 février 2019 RG n° 17/21451)

Ainsi, « l’aspect d’ensemble produit par l’agencement des différents éléments de chacune des photographies en cause, montre des choix arbitraires conférant à chacune d’elles une physionomie particulière qui distingue chacune de ces photographies de manière suffisamment nette et significative d’autres clichés du même genre. Par voie de conséquence, la cour considère que chacune des 11 photographies revendiquées est digne d’accéder à la protection instituée au titre du droit d’auteur (…) »

Le professionnel équestre avait bien acheté des photos professionnelles prises pendant une manifestation équestre mais les avait réutilisées dans un catalogue pour étalons, sans demander une nouvelle autorisation auprès du photographe. La réutilisation, sans autorisation préalable, de ces photos étaient bien constitutive d’une violation du droit d’auteur.

L’acquisition de photos auprès d’un photographe n’autorise donc pas une utilisation illimitée de la photo. Cette autorisation est, par défaut et sans indication contraire, individuelle et limitée.

En 2018, la Cour de Justice de l’Union Européenne, avait également rappelé les limites de l’autorisation donnée par le photographe en décidant que « la mise en ligne sur un site internet d’une photographie librement accessible sur un autre site internet » est également constitutive d’une violation du droit d’auteur (CJUE 7 aout 2018 : https://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2018-08/cp180123fr.pdf).

En l’espèce, un photographe avait autorisé une société de tourisme à utiliser ses photos en ligne. Une lycéenne avait réutilisé ces photos dans le cadre d’un exposé scolaire, sans demander l’autorisation du photographe en question. La CJUE avait considéré que cette utilisation des photos, non-autorisée par le photographe en question, était constitutive d’une violation du droit d’auteur.

Le fait qu’un contenu soit accessible ne donne pas le droit de le reproduire ou de le diffuser sans autorisation.

Ces principes et limites s’appliquent à toute photo, qu’elle soit prise par un professionnel ou un amateur.

On rappellera en dernier lieu que la violation du droit d’auteur est indemnisée par le paiement de dommages-intérêts.

Quelques recommandations sur l’utilisation de photos :

  • Utilisation de la photo dans la limite de l’autorisation donnée par le photographe : l’achat de photos prises pendant un concours équestre est, en principe, pour un usage individuel. Toute autre utilisation doit être autorisée par le photographe.
  • Toujours mentionner le photographe.
  •  Vérifier les conditions et licences d’utilisation des photos sur internet, y compris dans les banques d’images.
  • Se limiter à partager des photos sur les réseaux sociaux avec identification du photographe.

Responsabilité du loueur d’étalon suite à une contamination par le virus AVE (Artérite virale équine)


Durant l’été 2007, l’artérite virale équine (AVE) a provoqué une épizootie en Normande avec un épisode de fièvres sur des chevaux adultes et des symptômes locaux sur des chevaux adultes et des cas de mortalité sur des poulains de moins d’un mois. A partir de 2008, les stud-books ont intégré le dépistage de la maladie chez les étalons.

Dans cette affaire, c’est justement 2007 qu’un étalon avait été mis à la disposition d’un haras par voie de contrat de location lequel prévoyait une mise à disposition gracieuse de l’étalon, initialement pour une saison de monte. Sur le plan sanitaire, le loueur de l’étalon s’engageait à exiger auprès des propriétaires des juments présentée à la saillie les résultats des tests effectués par leurs soins en fait d’artérite virale. L’étalon devait être rendu en fin de contrat en parfait état de santé.

Le contrat s’est prolongé jusqu’en 2012 et avril de cette année, l’étalon a été testé positif à l’AVE et il est resté porteur du virus dans sa semence.

Le loueur s’était abstenu de vacciner l’étalon contre le virus, tel que recommandé par le comité de suivi de l’infection et les stud-books.  Il n’avait pas non plus exigé des propriétaires des juments les résultats des tests effectués en fait d’AVE.

Le loueur de l’étalon n’avait pas pris toutes les précautions nécessaires qui pouvaient être exigés pour la bonne conservation du cheval.

La contamination à l’AVE a mis fin à la carrière d’étalon dont la poursuite serait soumise à de forts contraintes incompatibles avec les enjeux économiques. L’expert judiciaire avait considéré qu’en l’absence d’infection, l’activité reproductrice du cheval aurait pu continuer jusqu’en 2017, compte-tenu de son âge.

Le préjudice causé au propriétaire de l’étalon a donc été calculé se basant sur un total de 24 saillies dont la valeur unitaire était évaluée à 800 EUR.

Il est rappelé que les contrats de location d’étalon sont assimilés à des contrats de prêts à usage, contenant des obligations de soins et de conservation de l’étalon lesquelles contraignent les loueurs d’étalons a se prémunir du risque de contamination de virus et de maladies. 

(CA Caen Civ. 1, 22 mars 2019 RG n°16/04158)

Limite à l’annulation des ventes de chevaux de sport: la comptabilité cheval-cavalier

Un des reproches principaux fait par les acheteurs de chevaux de sport est la non-conformité entre, d’un côté, les critères et objectifs du cavalier avec, de l’autre côté, les caractéristiques du cheval objet de la vente.

Une non-conformité existante sur plusieurs niveaux.

Tout d’abord, sur le plan physique, notamment les boiteries ou les anciennes blessures limitant ou interdisant à courte ou à longue terme la pratique sportive du cheval acheté. Malgré une visite vétérinaire, certains défauts passent inaperçus. Parfois, c’est les conséquences de boiteries identifiées qui se révèlent qu’après la vente (CA Colmar 27 janvier 2017 RG n°n°66/2017).

Ensuite, sur le plan comportemental avec l’existence de vices et de tics comportementaux. Ainsi, l’hypersensibilité d’une jument aux mouches rendant la pratique sportive, et même l’équitation, pendant la saison estivale impossible a été considérée comme une non-conformité alors même que le vendeur avait averti l’acheteur de cette particularité (CA Orléans 6 novembre 2017 RG n° 15/02798).

La non-conformité peut également être juridique, notamment lorsque les conditions d’inscription au stud-book interdisent au cheval de participer à des épreuves officielles en France (CA. Versailles 2 mars 2017 RG n°15/04514) Attention, les tribunaux ne reconnaissent (toujours) pas la non-conformité lorsque le « poney » objet de la vente est en réalité un « petit cheval » (Cass. Civ. 1 30 novembre 2016).

Enfin, la non-conformité est sportive lorsque certains chevaux n’ayant tout simplement pas le niveau sportif “acheté” par le cavalier.

La jurisprudence française applique, et de manière constante, une limite à la non-conformité : la non compatibilité entre le cheval et le cavalier.

Ainsi, dans cet arrêt de la Cour d’appel de Bordeaux du 24 janvier 2019, la Cour refuse d’annuler la vente d’un cheval de sport dont les performances sportives étaient conformes à l’objet du contrat de vente, à savoir un cheval qui permettrait à sa cavalière d’atteindre et progresser sur des épreuves de saut d’obstacles d’1m30.

Selon l’acquéreur en question, le cheval « ne pouvait être utilisé en compétition que par un cavalier ayant des qualités techniques dépassant celles d’un cavalier amateur ».

La Cour retient, “le seul fait que la fille de l’acheteuse n’ait pas réussi avec ce cheval à franchir un seuil dans l’évolution de ses performances ne peut suffire à établir que l’animal présentait le défaut contractuel qu’on lui reproche ».

L’on pourra toujours sanctionner le vendeur pour avoir vendu un « mauvais cheval », l’on ne saurait le sanctionner lorsque celui-ci dépasse les attentes de l’acquéreur.  

Au-delà de la simple question du niveau d’équitation de l’acquéreur du cheval, le vendeur ne saurait être responsable de la compatibilité entre le cheval et le cavalier dans l’après-vente.

En refusant d’annuler une vente lorsque « le couple ne se fait pas« , les tribunaux protègent l’essence de notre sport : cette synergie unique entre le cheval et son cavalier permettant, parfois, d’atteindre l’inatteignable.